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Le gouvernement doit engager le ‘Marc Van Ranst’ du marché du travail

Employeurs | 16 avril 2020 | Ecrit par Frank Vander Sijpe & Patrick Lootens

Le COVID-19 a créé un climat dans lequel des décisions qui auraient autrement pris des années sont possibles. Les changements se succèdent de plus en plus rapidement : si vite qu'ils deviennent perturbateurs dans certains domaines. Alors que le secteur de la santé lutte contre la propagation du virus, ce qui suivra la crise sanitaire donne également matière à réflexion. Quel est l'impact de cet événement inattendu sur le marché du travail ? Cette question est au centre d'une série de quatre articles que propose Securex sur le travail et l’entrepreneuriat à l'ère post-corona.
 

Le gouvernement doit engager le ‘Marc Van Ranst’ du marché du travail
Vous souvenez-vous du mois de janvier ? Le marché du travail était en ébullition. Le nombre de postes vacants atteignait des sommets et le nombre de chômeurs diminuait sensiblement. L'indicateur du marché de l’emploi du VDAB, le service d'emploi public de la Flandre, parlait d'à peine trois candidats disponibles par poste vacant. Le taux de chômage des personnes ayant un niveau d'études supérieur est tombé à 3 % à peine: c'est le quasi plein emploi.

Au début de cette année, un certain nombre de tendances, en sommeil depuis un certain temps, sont apparues de manière concrète. Des années de pessimisme technologique ont fait place à un optimisme naissant. Une étude d'Agoria a montré que pour chaque emploi perdu en raison de la technologie et de l'automatisation, 3,7 nouveaux emplois seraient créés dans les années à venir. Le gouvernement belge est passé à la vitesse supérieure pour augmenter l'activation des 15-65ans. Plus de 150 000 Belges actifs choisissent (volontairement ou non) le statut de freelance, encouragés par les nombreuses plateformes de freelance qui poussent comme des champignons. La « gig economy » n'est plus une curiosité.

Bien que, dès janvier, la croissance économique ait semblé ralentir, la combinaison de la croissance et du recrutement de remplacement (causé par le fait qu’une importante génération de baby-boomers quitte encore trop tôt le marché du travail, c’est-à-dire à l'âge moyen de 61 ans) a rendu l'avenir des demandeurs d'emploi particulièrement prometteur.

Avance rapide jusqu'en avrilA peine trois mois plus tard, mais la situation semble complètement différente. En effet, nous notons plus d'un million de Belges en chômage temporaire, pour cause de force majeure. Après presque cinq ans de déclin, le chômage en Belgique augmente pour la première fois. Dans des secteurs tels que les services commerciaux, la restauration, la vente au détail spécialisée, les cinémas et les coiffeurs, toutes les activités sont limitées. Dans certains cas, tout s'arrête complètement. Tous ceux qui le peuvent sont invités à travailler à domicile. Alors qu'en janvier, dans des circonstances normales, environ 1 salarié sur 5 le faisait occasionnellement 2 jours par semaine, aujourd'hui, dans certaines entreprises, le travail à domicile atteint 100 % pour 6 salariés sur 10. Les entreprises et les travailleurs indépendants demandent massivement l'aide du gouvernement pour garder la tête hors de l'eau. Les premiers chiffres de Federgon sont alarmants : le secteur des fournisseurs de services RH a été particulièrement touché en mars.

Un rapport visionnaire et particulièrement intéressant du « Steunpunt Werk & Economie » sur l'avenir du marché du travail à l'horizon 2050[1] souligne un certain nombre de conditions préalables essentielles : "Nous sommes bien conscients que, même à court terme, les choses peuvent être complètement différentes et peuvent mal tourner. Cette phrase, dans le contexte actuel, semble presque prophétique à nos oreilles (voir blog 2020 : l'année du Cygne noir). 
 
Quelle est la prochaine étape ?L'avenir du statut des freelances va sans aucun doute perdre de sa popularité. Les gens opteront à nouveau pour plus de sécurité et s'efforceront donc d'obtenir un contrat à durée indéterminée. Nous pouvons nous attendre à des pertes d'emplois massives de la part des organisations qui optent pour la restructuration et le chômage collectif pour survivre à la crise. Ce chômage temporaire pourrait faire dérailler la sécurité sociale à court terme. Il ne fait aucun doute que les employeurs sont également confrontés à des défis majeurs en termes de rétention de leurs talents à un moment où les promotions ne sont pas forcément à l'ordre du jour.

Never waste a good crisisCette situation exceptionnelle est également l'occasion de redynamiser un certain nombre de grands chantiers qui sont au point mort depuis des années. Une "nouvelle donne" dans la législation sur le travail et les organisations du travail peut permettre aux gouvernements de s'attaquer assez rapidement à un certain nombre de points sensibles. Le moment est venu de mettre en place un autre type de politique (du marché du travail). Une politique basée sur le modèle scandinave, qui se concentre sur l'augmentation d’emplois durables, de soutenir l'employabilité en facilitant le travail sur mesure tout en tenant compte de la diversité et de la complexité de l'offre et de la demande sur le marché du travail. Ceci afin d'avoir un impact effectif et efficace sur l'allongement des carrières, l'augmentation du taux d'activité et la réduction du fossé entre le chômage et le travail.

Tout comme le gouvernement a écouté attentivement les conseils de Marc Van Ranst et Emmanuel André en période de coronavirus, après la crise, ce même gouvernement pourrait être assisté par un comité d'experts indépendants et multidisciplinaires qui fixerait les lignes de conduite pour l'avenir sur la base de données factuelles. Une conférence de presse quotidienne ne sera pas nécessaire, mais si nous voulons bannir le cygne noir, nous devrons faire des progrès.

Frank Vander Sijpe - Directeur de la recherche RH Securex
Patrick Lootens - Directeur Innovation Securex