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Le Belge doit travailler deux ans de plus, mais s’en sent moins capable

Employeurs | 11 juin 2015 | Ecrit par Hermina Van Coillie

Le conseil des ministres a approuvé l’augmentation de l’âge de la retraite. Nous travaillerons jusqu’à 67 ans. Mais est-ce réaliste ? En d’autres termes, les travailleurs le souhaitent-ils et en sont-ils capables ?

Le Belge doit travailler deux ans de plus, mais s’en sent moins capable

« Enfin », me suis-je dit. Et logique aussi. Bien que l’on puisse argumenter que l’âge de la retraite n’est pas pertinent, au contraire du nombre d’années de travail, il me semble qu’il s’agit là d’un pas dans la bonne direction. Cependant, mon opinion n’a peut-être pas beaucoup d’importance parce que mon travail est parfaitement acceptable, qu’il ne s’agit pas d’un métier lourd, que je bénéficie de beaucoup d’autonomie, que l’équilibre entre mes vies privée et professionnelle est bon, que je suis respecté, que j’ai fait de longues études, etc.

Cependant, cela soulève plusieurs questions : « le travailleur belge » est-il du même avis ? Et surtout, cela va-t-il « fonctionner » ? Travaillerons-nous jusqu’à 67 ans ?

L’augmentation de l’âge de la retraite était dans l’air depuis un moment. Et le travailleur belge le savait. Lorsqu’en 2013 nous interrogions un échantillon de travailleurs belges représentatif, ceux-ci pensaient devoir travailler jusqu’à 63,8 ans.

Cette année, en 2015, nous avons à nouveau posé la question. Qu’en est-il ressorti ? Le travailleur belge pense à présent devoir travailler jusqu’à 65 ans (64,9 pour être exact).

Très bien, me direz-vous. Or, rien n’est moins vrai. En effet, ce n’est pas parce que nous allons devoir travailler jusqu’à 67 ans que nous le ferons. Nous avons demandé aux travailleurs jusqu’à quel âge ils « voulaient » et « étaient capables » de travailler. C’est là où le bât blesse. En 2013, ils voulaient travailler jusqu’à 60 ans. Aujourd’hui, en 2015, ça n’a pas changé. Il en est de même en ce qui concerne leur capacité à le faire : en 2013 et en 2015, ils ont indiqué « pouvoir » travailler jusqu’à 62 ans.

Pire encore, d’après notre récente enquête, le Belge se sent moins capable de rester plus longtemps actif sur le marché du travail qu’il y a deux ans. 

Donc, bien que nous devions travailler plus longtemps, nous ne le voulons pas et n’en sommes pas capables. L’écart entre l’âge légal de la pension et l’âge jusqu’auquel nous voulons travailler et sommes en mesure de le faire a même encore augmenté.

Augmenter l’âge de la retraite sans prendre de mesure complémentaire n’avancera à rien

L’augmentation de l’âge de la retraite est un premier pas dans la bonne direction (notamment en raison du vieillissement de la population et de l’augmentation de l’espérance de vie). Même si cet âge est peut-être avant tout symbolique. Il ne faut toutefois pas oublier que nous devons gagner la faveur des travailleurs, car ce sont eux qui devront le faire, qui devront travailler plus longtemps.

Mais comment y parvenir ? En faisant en sorte qu’ils en voient l’utilité afin qu’ils le veuillent et surtout en soient capables. Nous pouvons y parvenir en créant des emplois acceptables, en accordant de l’attention à l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, en proposant un travail qui a du sens, un travail de proximité, des horaires flexibles, etc. Bref, ayez de l’estime pour vos travailleurs et proposez-leur un travail acceptable.

Créez une situation gagnant-gagnant

N’oubliez que pour vous aussi, en tant qu’employeur, il s’agit d’une piste intéressante à suivre. Quoi qu’il en soit, en raison de la pression accrue sur le financement de la sécurité sociale et des frais de santé, les autorités se montreront de plus en plus « contraignantes » pour que les employés travaillent plus longtemps. Il faut en outre tenir compte de l’objectif européen (Europe 2020) qui vise à ce qu’au moins la moitié des plus de 55 ans travaillent d’ici 2020.

Enfin, je dois signaler que les travailleurs plus âgés ont des conséquences importantes pour une série de paramètres propres aux politiques RH comme l’absentéisme, la rotation du personnel, le fonctionnement interne de l’entreprise et la rémunération. Il s’agit donc bien d’un nouveau défi que vous devrez relever. Et surtout, n’hésitez pas à engager de temps à autre une personne de plus de 60 ans.