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Les crédits-temps, la solution au « Oh désolé, j’étais bien trop débordé » ?

Employeurs | 25 février 2016 | Ecrit par Hermina Van Coillie

«Oh désolé, j’étais bien trop débordé». Qui ne reconnaît pas ces mots ? Qui n’a pas déjà employé cette phrase à de multiples reprises ? Pratiquement personne ! Et pourquoi ? Parce que nous manquons de temps. Parce que nous remplissons notre agenda avec toutes sortes d’activités.

Les crédits-temps, la solution au « Oh désolé, j’étais bien trop débordé » ?

Et pire encore : le recours à la phrase « Oh désolé, j’étais bien trop débordé » ne suscite pas l’indignation ou la colère. Au contraire, elle entraîne des signes de tête approbatifs, des regards habitués et une impression de déjà-vu : « elle aussi », « ouf, je ne suis pas le seul ».

Tout le monde ou presque connaît ces mots, parce que tout le monde ou presque les a déjà employés. À tel point que si vous ne les prononcez pas de temps à autre, vous passez pour un original. Être sous pression est en effet à la mode. Notre agenda doit être plein à craquer. Nos rendez-vous doivent se succéder à la chaîne sinon se chevaucher, car il est de bon ton d’« arriver en retard ».

Grâce à une de nos études [1], nous savons par exemple que 64 % des travailleurs belges ressentent du stress. En ces temps d’excès et de nuisances, les personnes qui ne sont pas débordées préfèrent le cacher au risque d’être mises sur la touche.
Mais que pouvons-nous y faire ? Car, effectivement, ce n’est guère agréable.
Pour ceux d’entre nous qui travaillent, il existe actuellement quelques chouettes alternatives que nous appelons « work-life practices » et qui s’inscrivent dans le cadre du « nouveau mode de travail ».

Et pourtant, le travail à temps partiel, par exemple sous la forme de crédit-temps, permet une meilleure qualité de vie. Je viens de lire une interview (Knack) de Daniel Termont (bourgmestre de Gand) qui écrit : « Quand j’arrêterai dans 3 ans, j’aurai travaillé près de 46 ans pour ainsi dire jour et nuit. Je libérerai alors du temps pour des choses que j’ai envie de faire depuis longtemps. » C’est vraiment génial d’avoir envie de continuer jusqu’à son 65ème anniversaire, mais ma question est la suivante : Pourquoi à ce moment-là seulement ? Ne vaut-il pas mieux faire des choses que l’on a envie de faire avant de prendre sa retraite ? Daniel Termont a beaucoup de chance d’aimer vraiment son travail. Et de ce fait, d’avoir pu tenir bon aussi longtemps. Mais qu’en est-il de ceux qui n’apprécient pas vraiment leur travail ? Dès 50 ans, ils n’ont qu’une envie : prendre leur pension.

De ce fait, le travail à temps partiel, ou le simple fait de faire de temps à autre une pause dans sa carrière, donne plus de temps et d’espace, ce qui rend plus heureux, plus en forme. À long terme, cela peut permettre d’effectivement travailler plus longtemps (et donc de prendre sa retraite plus tard). Car une fois que vous avez fait tout ce dont vous aviez envie pendant votre carrière, pourquoi lorgner sur la pension ?

Option 1 : travail à temps partiel

À l’heure actuelle, ce sont surtout les femmes qui y recourent. Or, bien que ce régime comporte toute une série d’avantages (moins de stress, moins de pression professionnelle, un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, plus de temps pour soi, etc.), une étude interne[2] démontre que tout n’est pas rose.

On pourrait trouver cela étonnant, n’est-ce pas ? Eh bien, je ne pense pas que cela soit si étrange. Je crois que cela provient du fait que les attentes sont toujours plus élevées. À quelqu’un qui est débordé au travail (travail à plein temps, deux enfants, etc.), nous pouvons pardonner qu’il achète un gâteau au lieu de le préparer à l’occasion d’une fête d’anniversaire.

Est-ce le cas pour une personne qui travaille à 4/5e temps. Ne passe-t-elle pas toute une journée en plus chez elle ? Ne devrait-elle pas être capable de le faire elle-même ? Ne devrait-elle pas en plus conduire les enfants à leurs cours de natation, de danse et de dessin (et à l’heure de préférence) ?

Pour nous aussi (c’est-à-dire ceux qui travaillent à temps partiel), nous mettons la barre plus haut. Parce que nous devons tout simplement être débordés et toujours actifs. C’est de bon ton. Les temps libres ne sont pas faits pour nous, mais pour répondre à des normes créées par la société qui sont pour l’instant irréalistement élevées. Il s’agit peut-être là d’une explication aux nombreux burn-out ?

Le travail à temps partiel génère en outre tout un tas d’inconvénients liés au travail. Les travailleurs à temps partiel bénéficient de moins de possibilités d’avancement et de formation professionnels. Ils éprouvent également plus de difficultés à définir clairement leurs ambitions. Bref, ils sont moins satisfaits de leur carrière.

Option 2 : heures de travail flexibles

Commencer à travailler quand on le souhaite et terminer quand on en a envie. D’abord conduire les enfants à l’école, partir au travail avant (ou après) les embouteillages et faire de même en quittant le bureau. Tout cela a l’air très beau. Et le gain de temps peut aussi être considérable.

Vous pouvez en outre avoir un bel équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Vous pouvez en effet être à la sortie de l’école à 16h, aider vos enfants à faire leurs devoirs, cuisiner et peut-être même jouer à un jeu de société (même si personnellement, depuis 8 ans que j’ai des enfants, je n’ai jamais réussi à faire cette partie).

Mais les heures de travail flexibles ne sont pas données à tout le monde. Tout d’abord, cela implique presque que vous soyez capable de travailler à domicile (à moins que vous le fassiez simplement pour éviter les embouteillages : voir point suivant). Or, cette situation atténue fortement la distinction entre vie professionnelle et vie privée. En effet, lorsque les enfants sont au lit, vous devez rattraper les heures perdues durant l’après-midi. Que vous soyez fatigué ou pas. Or, cela peut se faire au détriment d’une séance de zumba ou d’un petit repas entre amis. Et ce, dans le meilleur des cas, si vous ne travaillez pas durant les « heures de pointe familiales ». En effet, vous voulez souvent terminer une dernière petite chose avant 19 h, vous recevez un appel d’un collègue qui a une question urgente, etc.

L’équilibre entre votre travail et votre famille sera peut-être meilleur, mais qu’en sera-t-il de l’équilibre entre votre vie professionnelle et votre vie privée (car la vie ne se résume pas à la famille) ? De plus, les heures de travail flexibles ne sont pas faites pour tout le monde. Un magasin doit ouvrir à heures fixes. Et bien sûr, les clients veulent déjà être servis à 9h. Ils n’attendent pas que les bouchons soient résorbés. Les infirmières et les institutrices doivent également commencer à travailler à l’heure.

Idéalement, nous devrions combiner l’option 2 et l’option 3 : travail à domicile.

En effet, se rendre au bureau le soir n’est pas évident. Vous préférez donc allumer votre ordinateur à la maison[3]. Bien au chaud au coin du feu peut-être. Je lisais encore il y a quelque temps que de plus en plus de grandes entreprises permettent à leurs employés de travailler depuis leur domicile et ainsi de ne pas être confrontés au trafic.

  1. White Paper : « Stress & burn-out »
  2. Human Interest : Travailler à la maison.